Les petites fictions du samedi soir

  • Mes enlèvements

    images?q=tbn:ANd9GcRMGj9xrb1EjiJLQaJ4azFHqvxgnljfAjeBO0c9h8wir2AJCT1-UdgJ-wSamedi soir, j’ai enlevé un écrivain à la sortie d’un salon du livre. Cela ne m’était plus arrivé depuis celui de Jean-Edern en 1982 après un enregistrement d’Apostrophes. L’écrivain enlevé ne mange pas ne boit pas n’écrit plus. Le mien voulait le Gros Sel. Je lui ai passé la salière, il a dit non. Pas ce sel-là, celui d’un kilo. J’ai fini par comprendre que c’était un prix prisé. Jean Edern voulait le Goncourt. Autre époque, autres mœurs. Je lui ai dit : j’ai le Gros Ciel à te donner : un dm³ plein d’air pur. Mais non, il n’en démordait pas, il voulait celui-là et pas un autre. Alors je l’ai laissé partir, il ne servait à rien. J’ai entendu son pas d’écrivain pressé dans le noir de l’escalier et je me suis dit que, la prochaine fois, j’enlèverais un homme ou une femme politique. Fadila, par exemple, qui ne sert plus les artistes. Cela me rappellera mon enlèvement de VDB en 1989. 


  • Les déclarations sauvages

    Samedi soir, j’ai sonné à Richard Millet pour lui faire part de mon sentiment d’insécurité relativement à des blancs-becs qui importunent tous les occupants de l’immeuble avec leurs croix cloutées de clous en croix mais Millet était occupé à skyper avec Breivik. De rage, j’ai relu Le Clézio.

    images?q=tbn:ANd9GcRiFsruXoZMM9e1qdLVMubnSTnHvdp_RBRfyJBVgbdx3LKEGrtbhnbDjQ4En sortant m’acheter une canette, je suis tombé sur eux qui m’ont dit, parce que je ne me rase plus depuis un mois (faute de lames Gillette, mes préférées, en rupture de stock chez Lidl, la faute à Adrien Brody), qu’avec ma tronche à barbe je ridiculisais Jésus. Je ne me souvenais plus qu’on ne pouvait pas caricaturer le Fils de Dieu mais je n’ai pas relu la Bible depuis le catéchisme. Ils ont dit que ma poubelle en prendrait pour son grade et, de fait, une heure plus tard ils mettaient le feu à mes déchets et, par voie de conséquence, au bâtiment. Les pompiers ont débarqué en nombre et ont inondé les caves. Ainsi, on aura la piscine couverte qu'on réclamait depuis des lustres.

    La chef de syndic’ a déboulé les seins nus, elle est adhérente toute fraîche des FEMEN. J’en ai profité pour tirer quelques photos d’elle, histoire de les adresser à mon canard préféré lundi matin pour leurs pages people. J’ai été étonné qu’elle ne figure sur aucune liste électorale comme 95% de mes connaissances. Je l’ai même un peu tancée à ce propos et je pense qu’elle à quitté mon appart' à sept heures du mat' avec une conscience politique neuve et l'idée de s'agréger à une liste électorale avant les élections, dès qu’elle aurait repris allure décente. J’ai lâchement profité de son sommeil pour ajouter quelques tags sur sa peau déjà encombrée qui disaient assez bien mon sentiment pour elle:

    VIVE LE SYNDIC LIBRE – JE SUIS LIBRE DE TOIT : TU ES MA BELLE ÉTOILE – J’AIME MIEUX TES MAMELONS QUE MÉLENCHON – TES GRAINS DE BEAUTÉ M’ONT MOULU – JE GARDE TES PAGES OUVERTES - HEROINA MON AMOUR –  TOUS MES POÈMES POUR TA PEAU

    J’espère qu’elle ne m’en voudra pas de m’être ainsi laissé aller à la recouvrir entièrement de déclarations sauvages.

     

  • La voix des poussières

    Samedi soir, j'ai tourné le dos à toutes les poussières et j’ai écouté leur chant. Quand il me plaisait, je buzzais avec l’aspirateur. À la fin de l’audition, tout l’appart’ était propre et je pus préparer avec mon coach en ramassage d’ordures les duels avec les sacs poubelles du lundi matin.

  • Le fantôme de Patrick Sabatier

    M1bis-26-06.jpgSamedi soir, j’ai regardé Les Stars du rire. animées par un triste sire. Puis, déguisé en citrouille, je suis sorti quémander des bonbons dans l’immeuble. Je suis rentré, j’ai aligné ma récolte sur la table basse et j’ai bombardé de sucreries l'écran-toile d'araignée. L'animateur fantôme résistait à mes tirs,  faisant mine de spectre,  jouant son propre drôle, son franc sourire des premiers Avis de recherche effacé depuis longtemps. Mais le squelette intact,  sous des lambeaux de chair résistants à l’épreuve des années. Les fantômes de télévision ont la vie dure.

  • Le bling-bling n'est plus à la mode

    images?q=tbn:ANd9GcQvF2jswEWCibKPyrIzsBkaXDpqkA0SxyJkQ6MNG_QrRiwq8heGrASamedi soir, avant la dégradation de ma cotte de maille sur le marché de la lingerie chevalière, je suis sorti avec de la bimbeloterie, histoire de me faire remarquer au vernissage de l’expo par Bolt-en-ski (un pseudo assurément) de vieilles guenilles ayant appartenu à la grand-mère de mon père. Eh toi, le rappeur de mes deux, m’a apostrophé à l’entrée un clodo visiblement allergique au hip-hop (il y en a) et en manque (de liquidités), refile moi ton sweat et ta Rolex. Comme il exhibait un cutter de marque, je lui ai laissé plus qu’il ne me demandait et me suis retrouvé à même la rue avec pour seule richesse des sous-vêtements griffés (par ma chatte) et comme unique avenir vestimentaire le pyjama maison. Après avoir envoyé un texto d’excuse à l’ami Bolt, j’ai visionné un documentaire sur l’histoire salée du tee-shirt mouillé et un sujet sur la chute dans les sondages d’opinion des présidents en ko and co. Pendant ce temps-là, Coco (Chanel) se karlalise.

     

  • Ivre du vain social

    VTJ73.jpgSamedi soir, j’ai apporté une  valisette de vin  au favori pour les élections sociales de l’entreprise. On a éclusé deux bouteilles de merlot et il m’a confié qu’il était allé à l’école maternelle avec le boss, qu’ils en avaient gardé des liens forts. Grands dieux du raisin fait vin, j’étais englué dans les rets de l’amitié et de l’action syndicale pourrie ! Mon candidat ne pourrait jamais soutenir mes agissements obscurs (trafiquoter la machine à café, facebooker tranquille, bécoter la chef de service, siroter mon mojito...) au sein de la boîte et le patron resterait indéboulonnable.  Grands dieux du syndicat des vignerons intègres, j’avais gardé la meilleure bouteille du lot que j’ai partagée avec la famille de Roms qui occupe la place du marché au grand dam des maraîchers et des amateurs de balle pelote du quartier.

     

  • Littérature au jardin

    livres_ouverts.jpg

    Samedi soir, j’ai ouvert puis étalé tous mes livres sur la pelouse. Une garden-party de mots. Une exposition au grand air avant la fin de l’été. Ils en avaient bien besoin, mes livres, après deux mois pour le moins passé dans le confinement d’une bibliothèque poussiéreuse. C’était aussi l’occasion de présenter les petits nouveaux aux anciens, puis de les regarder d’un regard attendri, un verre de Chablis à la main: les Lapeyre sympathisant avec les Toussaint, des Schlink échangeant avec les Kundera, les Grondahl partageant des noms de lieux avec les Modiano, les Haddad devisant avec les Perec, les Chessex collés avec les Sade et les Bataille... Tout ça dans une ambiance conviviale, saine, de post-vacances quand la voisine a crié que tous ces mots étalés, côte à côte, ventre contre terre, c’était obscène.

    Perplexe, j’ai pris le tuyau et ai hésité à arroser la mégère avant de noyer toutes les pages d’un jet rageur. Heureusement la Régie avait coupé l’eau. Et je n’avais plus assez de vin. J’avais déjà imaginé les pages détrempées, les mots englués dans leur pâte à papier et la place nette pour l’intégrale d’Amélie Nothomb. Finalement, j’ai vérifié qu’aucun chat n’irait pisser, en répandant du révulsif (en l’occurrence des pages de Chien blanc, Le chien des Baskerville, La nuit des chiens...) entre les bouquins et je suis parti me coucher. A l’aube, j’ai été réveillé par la rumeur livresque montant de l’herbe fraîche se mêlant au cri des oiseaux : tous mes livres étaient là qui m’adressaient des messages subliminaux par-delà nuit et silence. Comme à leur habitude, en fait.

  • Conversation avec mon chat

    Samedi soir, j’ai engagé la conversation avec mon chat. À moins que ce ne soit lui - on ne sait jamais dans ces cas-là qui prend l’initiative. C’est surtout lui qui a parlé et moi qui ai 52485084.jpgécouté, un peu pris au dépourvu par l’énormité de la chose. Il m’a annoncé qu’il allait me quitter, qu’il se sentait partir, qu’il en avait maximum pour trois mois... Après la surprise et la peine, je pense avoir trouvé les mots pour lui dire mon amour, combien il avait compté pour moi. J’ai le temps de commencer les démarches administratives : impression des faire-part de décès, achat de la concession, de la pierre tombale... Il ne veut pas se faire incinérer, il a toujours eu horreur des flammes. En attendant, je pense à une épitaphe. Régulièrement, je lui soumets des propositions mais il demeure désormais muet, à croire qu’il n’a jamais parlé.

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    L'illustration est signée Christelle Cuche

    http://www.christellecuche.fr/

     

  • Airs de rien

    t_8873.jpgSamedi soir, sur le modèle du air guitar, j’ai fait du air sex en mimant toutes les postures d’un coït réussi puis, sans transition, j’ai fait du air basket avec ballon et panier imaginaires. Assoiffé par ma double performance, j’ai fait du air drink en sifflant deux cadavres de Saint-Emilion. Enfin, privé de réelle télé  (ceci expliquant tout cela), j’ai fait du air tv. Cette dernière simulation réclamant la simple fixation d’un semblant d’écran accompagné d’un grignotage à vide et d’un lent croisement-décroisement des jambes. Lundi matin, en partant au boulot, mon voisin d’en face qui sortait sa voiture et qui avait dû observer mes simagrées du week-end m’a demandé si j’avais la Wi-Fi. Sur ma lancée du week-end, au bureau, j’ai fait du air work, un chouia, car mon boss apprécie moyennement qu’on fasse le malin sur son lieu de travail.

  • Laurent de Belgique à dîner

    img_1.jpgJeudi soir, j’ai reçu Laurent à dîner. D’abord il s’est pris les pieds dans le paillasson à l’effigie d’Albert II (un cadeau de ma mère).Une faute de goût, je le reconnais. Il ne m’en a pas tenu rigueur. Au contraire, il m’a demandé pour l’emporter. Battre régulièrement la figure royale de ses semelles, quel pied ! Il n’avait plus mangé à sa faim depuis son voyage en Lybie, m’a-t-il confié. J’avais pourtant commandé un simple couscous royal. Il en était réduit à aller piquer de la nourriture pour animaux à sa fondation les jours fériés. Pauvre Prince ! Avant son départ, je lui ai donné mon reste de monnaie. Il a fait élégamment mine d’ignorer le côté face des pièces. Sur son interdiction de défilé, il est resté muet. Sur Claire, pas un mot. Sur les affaires, motus. On a finalement parlé du tour de France, il m’a dit n’avoir aucune sympathie pour les prétendants au jaune. Avant de partir, au volant de sa Porsche Cayenne, il m’a adressé un petit signe de la main, ça m’a touché. En remontant à mon appart’, j’ai croisé Guy Gilbert qui sortait de chez ma voisine de palier stylée hip hop où il avait été invité à dîner. Sans son habituel blouson noir piqué de vieux badges, sapé comme un rappeur, il était presque méconnaissable.    

  • Di Rupo à dîner

    art_33646.jpgMercredi soir, j’ai reçu Di Rupo à dîner. Il m’a dit le bien que mon invitation lui faisait en cette période agitée. Je lui ai parlé de ma vie professionnelle, de ma volonté de prendre ma préretraite au plus tôt, de mon souci de travailler moins jusque là... Il prit son air contrarié et me dit, sévère, qu’il ne changerait pas sa note, alors qu’il n’en était pas question. J’aimais le la qu’il donnait de temps à autre, entre deux amuse-bouches, de sa voix électorale, et je lui dis. Il reprit son calme et me confia qu’au fond il serait devenu libéral s'il ne s'était pas senti une obligation morale envers le prolétariat d'où il est issu. Mais il m’affirma qu’il en prenait le chemin, avec l’aide de l’idéologue réformateur du Parti, son Bel Homme à Lui. Comprenant l’amitié qui unissait ces deux-là, je dis : « La prochaine fois, Elio, tu viendras avec Paul, je te le promets, je ferai deux fois plus de pennes aux brocolis. » Il me fit son sourire désarmant puis, comme il était très fatigué, il s’est endormi sur le canapé rose du salon, avec son Doudou vert en peluche qui ne le quitte jamais.

  • Une indigestion de Prince

    5410041424805.gifSamedi après-midi, j’ai regardé le mariage d’Albert et Charlene. J’avais étalé en arc de cercle sur la table du salon 800 biscuits Prince goût chocolat, j’aime grignoter en regardant la télé. J’ai commencé doucement, à raison d’un Prince par dix invités foulant le tapis rouge. À l’arrivée de Sarko, j’en étais donc à 80. Quand la Fleming a chanté, 278. A l’eucharistie, 498 - j’étais naturellement à mon régime maximum. A Bocelli, 589. Mais quand Charlène a fondu en larmes à la chapelle Sainte-Dévote, il restait environ 150 biscuits à enfourner que, submergé par l’émotion, j’ai avalés avant les notes de cornemuse. J’ai vomi pendant tout le retour des mariés et longtemps après, d’autant plus que j’avais arrosé mon festin de trois bouteilles de Rosé du... Prince. Cela m’apprendra à vouloir consommer les mariages princiers jusqu’au bout.  

  • Les séries

    Samimages?q=tbn:ANd9GcTfWaPWbiaiBwxTl4iJVAWzio6Z7jiW7RLxmGF22Umyxr5DqXXNedi soir, pour le décès de Peter Falk, j’ai tenu à rassembler mon oncologue, mon tueur à gages préféré, ma bonne à tout faire et le fantôme de Laura Palmer pour une soirée télé dans ma chambre rouge. Le toubib a souhaité regarder la sixième saison de Dr House. Le flingueur, les dix premiers épisodes des Soprano. La soubrette voulait revoir la saison 1 de Desperate Housewives tandis que la revenante tenait à revivre l'épisode pilote de Twin Peaks. Après d’âpres discussions, j’ai réussi à imposer mon choix : l’intégrale de Belle et Sébastien par 5 voix contre une pour Zorro, celle de Bernardo, mon serviteur muet et attentionné. 

  • La Joconde est con

     images?q=tbn:ANd9GcR1DVS5S-EeaGw2I3CoVzTAwvoc1dfah0A7Iw96iFbMuHb6u03PSamedi soir, je me suis épris de Mona Lisa. En faisant ma toilette - j’avais acheté un gant avec sa reproduction. Elle qui ne m’a jamais rien dit m’apparut parmi la savonnée dans toute la douceur de son sfumato. Comment avais-je été si longtemps aveugle ? Le sentiment d’un grand gâchis me gagna : j’avais déjà perdu cinquante-deux ans de ma vie. J’ai compulsé tout ce qui la concernait sur le net faute de me procurer dans la nuit les livres savons, pardon, savants, qui m’eussent permis d’aiguiser ma passion. Mais dimanche matin je prenais le Thalys pour la voir en vrai. Trois heures à l’admirer, à jalouser la foule qui la matait, espérait Dieu sait quoi d’elle. Lundi matin, fort de mon neuf béguin, j’étais heureux pour la première fois depuis longtemps de partir  au boulot. Mais dans le métro, à la station de Vinci j’ai lu un graffiti qui m’a interpellé, pour tout dire fait du chagrin puis réfléchir longtemps. LA JOCONDE EST CON. Et si c’était vrai.  

  • De pis en pis

    images?q=tbn:ANd9GcRkC6By8yIubs-yHeXUsjseAEBAxR0fmbU9tj-y1Jc6G8yJ42SvbwSamedi, j’ai reçu la vachette clonée commandée l'hiver dernier au Salon de l’agriculture. On a échangé des regards, des caresses puis on s’est installés sagement sur le canapé pour regarder 50 minutes inside. Mais je ne voyais que ses yeux mutins, son pelage brun, ses pis couleur miel. Elle a meuglé pour dire qu’on était bien, enfin, c’était le sens de ses cris. On a bu du milk shake tiré son lait, on a mâché de l’herbe, on a ruminé nos peines. On a rapproché nos espèces, pas si éloignées que ça, après les actes opérés sur ses gènes par des scientifiques toujours attentifs au bien-être  de l’humanité. Enfin, quand on s’est bien connus, je lui ai présenté mes chats-hiboux, mes chiens-brochets et mes hamsters-caméléons.

  • Le concombre

    images?q=tbn:ANd9GcTo8UO7ay6ffOp_Ayf_RTQ5Hn0RBifENzCMeZ2Nzmzz51rRxEsV5gSamedi soir, j’ai voulu restaurer l’honneur du concombre, sali par une odieuse campagne de calomnie. J’ai entonné sur l’air de l’Hondelatte’s song, Dr House c’est pas Mickey Mouse : « l’concombre, c’est pas une bombe ». J’ai placardé dans le hall de l’immeuble : Pas si con le concombre, N’faites pas d’ombre au concombre ou, moins heureux, j’en conviens, Du concombre jusqu’à la tombe.

    La chef du syndic, qui est une carnivore acharnée, a débarqué furax, mes tracts à la main : « À cette heure [il était vingt-deux heures], rien ne permet d’affirmer que le concombre est  disculpé,  une enquête est en cours ». Refroidi, j’ai ravalé mon système de défonce, pardon : de défense, et jeté au compost les tranches vertes que je me proposais de distribuer lundi au bureau en guise d’apéritif. Ensemble nous avons partagé un carpaccio de boeuf servi avec un Pinot gris.

    Au fond, oui, qu’ai-je eu à faire de redorer le blason de cette cucurbitacée ridicule, juste bonne à combler les cons, il y a de plus nobles formes à défendre.

  • Carton rouge

    images?q=tbn:ANd9GcS3TxpF8KV6wFObeBXwD5XeSbtKWDmwhBmcpXFmqxXAkW6UVRAwVQSamedi soir, je regardais la Coupe d’Europe des clubs champions avec mon fils cadet en visite chez moi (auquel j’avais payé le billet d’avion) quand, à la mi-temps, sa mère (qui avait sur le même vol voyagé dans la soute à bagages) déboula en m’apostrophant dans un dialecte chinois, au motif que je lui devais plusieurs millions de yuans, invoquant rageusement Mao ou Hu Jintao. Elle fit valser nos chips, au ketchup, renversa nos cocas zéro et emporta notre fils avant qu’on ait eu le temps de faire vraiment  connaissance. Je me fis un thé vert, don filial, et l’informai par un texto de la victoire du Barça. Puis ma fille est venue pour qu’on regarde ensemble On n’est pas couché (elle aime haïr Zemmour). Je lui demandai si sa mère ne risquait pas de débarquer. Il n’y a pas de danger, me dit-elle, maman est à Cuba chez ses parents. En fin de soirée, je me connectai avec mon aîné à Moscou qui me présenta par webcam son petit dernier. Dans le courant de la conversation, je me souviens qu’il me demanda dans un français approximatif  comment diable j’avais pu être communiste.

     

  • Sophie la girafe

    images?q=tbn:ANd9GcSQH7d47ntC3g8odaGPFtFqrRRTjRqdIpEP-rGcXntbFSUnVFK7Samedi soir, j’ai retrouvé mon premier amour. Qui l’eût cru ? Elle fêtait ses cinquante ans, elle passait à la télé. Que de souvenirs et de sensations ont rejailli. Le goût de sa chair caoutchouteuse, l’odeur de l’hévéa, ses yeux candides, et ces mouchetures brunes sur sa peau blanche, sur son cou élancé. Ce corps que j’avais caressé, trituré de mes petites mains, mordu, mâchouillé entre mes lèvres sans dent. Sans oublier ses couinements, ses cris d’amour transis... Sophie-la-girafe, comme je t’ai chérie ! Immédiatement, j’ai voulu faire ami avec elle sur Facebook, mais la gueuse possède des milliers de soupirants de par le monde. J’aurais dû m’en douter : je ne fus pas son seul amour. J’ai tenté de la retrouver dans le grenier de chez mes parents. Enfin, ma mère s’est résignée à m’a apprendre la terrible vérité, qu’un jour elle l’avait surprise au lit avec mon père. Puis, de jalousie, elle avait jeté mon jouet d’enfant dans le poêle à charbon. J’ai passé un week-end horrible.

  • La démission

    cinder-chimpanze-nu.jpgMercredi soir, j’ai remis ma démission du FMI (Front Masculin International). J’avais chimpanzément fait l’amour avec la femme de ménage de l’immeuble et elle est allée tout rapporter à la chef de syndic qui m’a passé un de ces savons... pour avoir laissé mon slip à l’entrée des communs ainsi qu'un graffiti obscène signé Laurette O. (mais personne n’y a cru). Des plaintes ont été déposées auprès du secrétaire du CPAS qui est venu constater en personne (et en BMW). Il était accompagné de la Télé locale qui a filmé mon admonestation. Le secrétaire a trouvé Elio très seyant en Premier ministre naturiste et m’a félicité pour mes talents. Je suis néanmoins assigné à résidence, contraint à repeindre en rouge tous les murs du hall et de la cage d’escalier. Il n’y a plus de tolérance au Parti Socialiste !   

  • La planche

    images?q=tbn:ANd9GcRmDEksz3faGGUFik4V0qRHwriiEtoT41RmcMHfkzA_65JgKUMoSamedi soir, j’ai planché sur mon w-c, sur mon pc  et sur deux voisines. J’ai même planché sur une colonne de polars. Toute la nuit j’ai planché sur des cadavres de bouteilles. Dimanche je n’ai pas arrêté de plancher sur mon canapé. Lundi matin, j’ai planché sur mon bureau et sur la machine à café. Planché, n’a pas manqué de me lancer la technicienne de surface qui surfaçait. Sur le temps de midi je me suis rendu à la piscine...     

     

    À propos du planking:

    http://www.laprovince.be/magazines/buzz/2011-05-12/une-nouvelle-mode-sur-facebook-poster-des-photos-de-planking-video-872507.shtml

  • Des noces princières

     

    images?q=tbn:ANd9GcRyTlFsBQxs29Ck4FosvryUWCCzVfbkeoYLU2G_zRPwhNUBahsCVendredi, j’ai évité Londres, la télévision, les roturières et les princes, tout ce qui pouvait me rappeler le mariage de Kate & William. Samedi soir, par inadvertance, j’ai vu une image des noces princières et le virus m’a pris. Je me suis précipité chez mon libraire, il était fermé, j’ai brisé la vitre pour me procurer un magazine qui avait résisté à la vente massive et, de retour chez moi, j’ai confectionné un briquet fétiche  à leur image. Les policiers débarquèrent chez moi après (heureusement) Louis la brocante. (Un des flics était un collègue de maternelle et m’avait reconnu sur le film de la caméra de surveillance). Avant minuit, la chef du syndic est venue payer la caution et je suis rentré avec elle, j'ai allumé sa cigarette avec mon briquet et elle a été aux anges. Nous avons passé la nuit ensemble, j’ai trouvé qu’elle avait un faux air de Kate et moi, la calvitie naissante de William. Dimanche, elle a calculé les dépenses des divers locataires ; elle ne m’a fait aucun cadeau. « Je ne mélange pas les affaires et les sentiments », a-t-elle dit. Cela a refroidi mes ardeurs et gâché la fin du week-end. Lundi matin, sachant qu’au boulot on parlerait immanquablement de l’événement people, j’ai pris congé et je suis parti immerger mon corps dans le vert. Comme un bienheureux.   

     

  • Le FNVA

    Samedi soir, j’ai créé le FNVA (Front National du Vitellus Aviaire) pour peser sur les négociations en période pascale en vue de former un gouvernement - avant la Noël. Dimanche, au chant du coq, j’ai contacté les grosses légumes des autres partis qui tous m’ont envoyé paître. Sur les roses et dans le foin j’ai entonné l’hymne de mon mouvement (Poulailler’s song) jusqu’à ce que mon voisin de fumier avertisse les poulets. Dimanche soir, tout était réglé : j’avais dissous mon parti dans la démocratie et je m’étais fait une coulante omelette au chocolat. Comme lundi c’était férié, j’ai fait la fête avec la chef du syndic et sa mère, une fanatique de la monarchie qui verrait bien notre bon Laurent épouser en secondes noces la très exposée Kate après l'enfouissement sous un pont de Paris de son prince de mari.          

  • À l'homothèque

    Samedi matin, à l’homothèque publique, j’ai été emprunté trois fois pour des conversations à bâtons rompus avec des usagers intéressés par la vie d’un homme lambda. Samedi soir, je me suis donné corps et âme à une cliente rencontrée le matin qui souhaitait poursuivre la recherche (une étudiante en sociologie) de mon cas personnel. Lundi matin, fort de l’intérêt que j’avais suscité tout au long du week-end, je pris de haut les remarques de mon chef de service qui me rappela, un peu sèchement à mon goût, que si je  fascinais autant, c’était en vertu du caractère fort commun de ma personne, suite à quoi j’ai fermé ma gueule en attendant sagement mon prochain emprunt.

  • En enfance (petites fictions du samedi soir)

    Samedi soir je suis retombé en enfance. Une chute de près d’un demi-siècle. J’étais raccourci, mes jambes n’arrivaient plus à la table basse, ma première action a été de quitter le JT de François de Brigode pour rejoindre Bob l’éponge sur  Nickelodeon. Je suis allé chiner des Kinder chez mon voisin de palier qui ne m’a pas reconnu, pas plus que ma vieille mère, au téléphone, à qui je voulais annoncer mon retour en enfance et savoir si elle n’avait pas suivi mon mouvement dans l’histoire... Mais non, elle, la magie de Dani Lary, la Belgique à Bart et le gentil monde de Michel Drucker étaient demeurés en l’état. J’ai joué tout le dimanche sur la Xbox de mon neveu. Lundi matin, j’ai sonné avec ma voix de garçonnet à mon patron pour lui annoncer que j'avais cassé ma pipe. Il a eu l’air vraiment peiné... à l’idée qu’il ne pourrait pas trouver un remplaçant dans la journée. Puis je me suis fait à l’idée que je devais retourner au boulot avec mon apparence d’adulte bientôt sénile car en tant qu’enfant j'avais personne sur qui compter

       

     

  • Petites fictions du samedi soir (35): Transparence

     

    images?q=tbn:ANd9GcR_yYaWq3dn130sm5Nwjpdi21WgExjV5QqgNrDvJ8WYQFBbORqBtgSamedi soir, j’ai sacrifié au culte de la transparence en me rendant invisible. Au club échangiste, j’ai pu toucher sans être vu. Une femme a crié de peur puis de plaisir, je me suis retiré précipitemment. En rentrant, j’ai participé incognito au lancer de cocktails Molotov sur un fourgon de police. Dimanche matin à l’église, le prêtre a vu disparaître l’hostie qu’il tenait en main et a crié (lui aussi) mais au miracle. L’après-midi, au stade j'ai fait marquer dix-sept buts à mon équipe préférée en immobilisant le gardien de l'équipe adverse au grand dam de ce dernier. Au parc, je n’ai effrayé, en plongeant dans l'étang, que trois canards mouillés car il pleuvait et l'endroit était désert. Lundi matin, vous vous en doutez, j’ai eu toutes les peines du monde à signifier ma présence à mon supérieur. J’ai voulu reprendre forme humaine mais mon programme de revisualisation a connu un bug et j’ai réapparu défiguré, avec trois yeux en quinconce, un nez-allumette et deux bouches à angle droit. Le DRH a hurlé mon licenciement, je me suis réveillé en sueur, avec de grosses taches bien visibles sous mon pyjama rayé.  

  • Le dictateur & le philosophe

    Samedi soir, j’ai adopté un dictateur. Il était tout piteux sans son pays, son armée, ses affidés. Evidemment, après quelques heures, il n’y en avait que pour lui, il me menait à la baguette, me voulait à sa botte, dormait seul dans mon lit. Dimanche matin, un philosophe de quartier qui oeuvrait sur le marché matinal a attiré l’attention d’une troupe de va-t-en-guerre sur mon état, à la solde du dictateur. Munis d’épées en plastique dur, de pétards pirates et d’une lance à incendie, ils ont pris possession de mon logement, mettant tout à sac et faisant fuir le pauvre despote qui a dû migrer dans une ville voisine. Depuis, ils occupent mon appart’ et impossible de les faire déguerpir tant ils sont investis de leurs bons droits. Le philosophe, qui était à la rue, les a rejoint après les échauffourées et squatte maintenant mon bureau et mon pc où, en dépit de mes protestations répétées, il défend d’autres nobles causes. 

  • La beauté de Paul Magnette

    images?q=tbn:ANd9GcSicH7ExgKRM8ArHLRdzc0amDZjZgiEm-LaoJ66YW09UxmdkH8m7gSamedi soir, j’ai été tout irradié par la beauté de Paul Magnette. C’était grisant, Magnettique, cuisant. Malheureusement un tsunami s’est produit et le cœur de l’acteur du Maintien du nucléaire s’est emballé, produisant des effets secondaires déplaisants: flou du discours, paroles en l’air, écran de fumée, parfums iodés, accumulation des déchets, télé & radio activités.

    J’ai pleuré, oui, la fin de mon idylle avec le Prince de l’Électricité. Et par un effet de miracle inattendu, la masse de pleurs a éteint l’incendie. Feu fini, cendres sous le tapis. Quand au mien pour lui, il était mort avant la fin du brasier, ainsi vont les political love affairs. J’ai bien fait d’attendre avant de faire mon coming out énergétique.  

  • La carte Google

    Le week-end dernier, je me suit fait imprimer sur le torse la carte Google de ma région avec le parcours de mon lieu résidence au bureau. Lundi matin, je me suis couché de tout mon long sur le trottoir avec autour du cou un panonceau "Suivez l’itinéraire". Et deux âmes bienveillantes m’ont transporté gratuitement au boulot. Le soir, même topo en sens inverse. Depuis, le scénario peine à se reproduire et, de plus en plus souvent, je reste sur le carreau. Un jour de la semaine, des drôles m'ont déposé au poste de police. Finalement je me demande si je n’aurais pas mieux  fait de remplir une demande en pure et due forme pour un covoiturage ordinaire.

  • Le fantôme

    Samedi soir, je me suis pris les pieds dans les draps. Je m’étais déguisé en fantôme. Et me suis retrouvé par Dieu sait quel prodige dans la maison de ma mère à lui faire peur contre ma volonté. Je criais en m’agitant: « Mais c’est moi, maman, ton fils », et elle n’entendait rien. Elle hurlait au mauvais présage, elle disait que ça n’augurait rien de bon pour moi, son seul garçon. J’ai pris peur pour ma pomme et me suis pris les pieds dans les draps en voulant déguerpir... Tout ça a fini aux urgences de l’hôpital, puis en psychiatrie, avec ma mère sur le dos qui voulait savoir  pourquoi je lui avais joué un aussi mauvais tour et moi de tenter de lui expliquer que je n’avais pas la moindre idée de la façon dont les choses s’étaient enchaînées, comment je m’étais retrouvé chez elle à faire le pitre au lieu du carnaval.

  • Esprit de corps

    Samedi soir, j'ai quitté mon corps. J’ai traversé les murs et  j’ai fait le tour de la terre en moins d’une seconde. Une pure énergie, ça file vite. J’ai fait une échappée vers l’étoile proche. En me rapprochant du soleil, j’ai eu fort chaud mais j’ai pu constater la résistance de l’âme aux très hautes températures. De même qu’aux très basses : entre soleil et terre, quelle glacière ! J’ai croisé l’âme de mon boss (il en a une toute petite !), en mal d’évasion. Et celle de Ben Ali, celle de Moubarak, celle d’Alliot-Marie. "Pour fuir, autant le faire avec âme et bagage", m’ont-ils dit. Celle de mon père aussi était du voyage. On a cheminé un moment ensemble, on s’est rappelé nos balades en chair et en os il y a longtemps. Puis je suis rentré., par esprit de corps. Ma masse molle végétait devant la télé. Il s’était écoulé un gros quart d’heure, mon âme avait juste raté le bulletin météo et la pause de pub.