TAKE 5 / E. Allard

  • LES CONFIDENCES PRÉCIEUSES

     TAKE FIVE (V)

     

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    La feuille

    où s’inscrit

    l’œil de l’arbre

    recueille

    les fruits du regard

      

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    Sans la clé

    des songes

    comment faire

    pour sortir

    de la nuit ?

     

     

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    Coupe la rose

    à hauteur du silence

    puis accroche-la

    à la boutonnière

    d'une bétonneuse !

     

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    La pince du pinson

    m'attache à son chant.

    D'une plume gardienne

    de la liberté

    déchirer la prison de son cri

     

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    Quand tu m'oublies

    sur le bord d'un souvenir

    je fais tout pour réintégrer

    ton présent

    par la petite porte du passé

     

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    Est-ce ton fantôme que je vois

    ou ton corps de rêve?

    Sont-ce les lumières de la lune

    ou les étoiles de tes yeux

    qui m'aveuglent?

     

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    En saignant

    j'apprends à voir

    dans le rouge

    la vie

    qui s'écoule

      

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    Mettre des bâtons

    dans les rues

    de la ville

    Ajouter des ramures

    pour en faire des avenues

     

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    Je jure que sous la torture

    je n'ai pas donné

    ton nom

    Il m'a juste fallu

    un peu de douceur

     

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    Dans le bruit des graviers

    je perçois le murmure

    de la pierre

    qui me fait à l'oreille

    des confidences précieuses

     

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  • TES LÈVRES, L'HIVER

    TAKE FIVE (IV)

    L’usage d’une seule métaphore

    attristerait mortellement

    la neige.

    François Jacqmin

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    Pour sortir

    dans l’hiver

    et marcher sur la neige

    je chausse mes poèmes

    de cinq vers.

     

     

    Dans la blancheur

    absconse

    de janvier

    me souviendrai-je

    de la texture de tes lèvres ?

     

    *

     

    Mon passé s’évanouit

    sous la neige.

    D’un seul cristal de glace

    solidifier

    tout l’avenir…

      

    *

     

    La chute de neige

    n’éteint pas le feu.

    Chaque flocon qui tombe

    entretient le tison

    de l’hiver.

     

     

    La couverture de poudreuse

    suffit à ta peau

    pour se protéger

    de mes baisers

    frileux.

     

    *

     

    Quand il te faut parler

    à l’hiver

    avant toute parole

    exerces-tu tes lèvres

    aux gerçures?

     

    *

     

    L’arbre insensible

    au gel

    ne voit pas

    l’oiseau de neige

    qui grésille sur la branche.

     

    *

     

    Sur ta peau si pâle

    j’imagine des luges

    arrêtées à tes seins

    incapables d’imaginer

    un vertige plus grand.

      

    *

     

    Derrière les paroles embuées

    tes lèvres, l'hiver

    donnent à espérer

    le sauna

    d’un baiser.

     

    *

     

    Le regret de la neige

    ne dure pas.

    Comme toutes les amours

    il laisse place

    à la fonte des espérances.

     

    *

      

    Sur le verglas

    flambant neuf

    du jour

    j’ai brûlé

    un feu rouge.

     

     

  • TAKE FIVE (III)

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    XXI

     

    Après le chargement

    des étoiles à la nuit tombée

    on observe

    un fléchissement 

    de la voûte céleste

     

     

    XXII

     

    Sous la tonnelle

    j'ai appris ton nom de fleur

    Sous tes dentelles

    j’ai appris ton nom de feu

    Puis tu m’as embrasé

     

     

    XXIII

     

    Ma mère est certaine

    du chemin que j’ai pris

    pour lui échapper

    D’ailleurs

    elle me rattrape toujours

     

     

    XXIV

     

    Au sortir de la salle de bain

    je te surprends

    une arme blanche dans une main

    et une serviette blanche dans l'autre

    pour éponger mon sang

     

     

    XXV

     

    Cinq princes prétendent

    au trône

    du royaume des sens

    C’est mal connaître ta chair

    anarchique 

     

     

    XXVI

    J’ai tout près

    du sommeil

    ton souvenir endormi

    que ton rêve

    réveille

     

     

    XXVII

     

    Le rose à lèvres

    noir

    écrasé sur ta bouche

    donne à tes baisers

    un goût de fin d’amour

     

     

    XXVIII

     

    Pour ne pas laisser

    s’installer le silence

    fais du bruit

    avec ta vie

    sur le tambour du temps !

     

     

    XXIX

     

    Je recueille

    toutes les formes de l’inceste

    sur une peau

    formée

    de mille lèvres familières

     

     

    XXX

     

    En voyant ton temps

    sur mes mains

    j’ai caressé  

    l’idée

    de t’oublier

     

     

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    à suivre

  • TAKE FIVE (II)

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    XI


    Chaque nuit je cherche

    le lait de l’enfance

    Tous les seins sont bons

    pour assouvir ma quête

    de lumière

     

     

    XII

     

    J’ai ta langue d'abeille

    dans l'oreille

    des bruits de bris d’élytres et de miel

    quand je broie de plaisir

    tes baisers

     

     

    XIII

     

    J’aime ta figure

    de figue fraîche

    dans l’olive de ton regard

    et tes yeux en amande

    que je mange pour voir

     

      

    XIV


    La nature pesait alors son poids

    d'oiseaux et de prairies

    Je soulevais des montagnes

    pour cueillir une lueur

    sur le fil de l’aube

     

     

    XV

     

    Le cœur rasé de près

    je sens les veines noyer

    le peu de sens qu’il me reste

    pour mener mon chemin

    à l’orée de tes jours

     

      

    XVI


    Sur le dos d’une tortue

    je fais le voyage de la lenteur

    qui de va de ma naissance

    à ma mort

    à la vitesse de l’éclair

     

     

    XVII

     

    Dans ma valise

    j’ai mis le voyage

    avec le train, l’avion et la marche à pied

    Puis j’ai choisi l’étoile

    qui me perdra

     

     

    XVIII

     

    J’ai bu ton sang

    dans un pot en grès

    Il n’était pas si bon

    sa robe n’était pas si belle

    que dans un verre à pied

     

     

    XIX

     

    À la déchirure de tes lèvres

    sous mes baisers-rasoirs

    j’ai compris que ton cœur

    ne résisterait pas

    à la force de mes sentiments

     

      

    XX

     

    Miroir où bouillent

    les apparences

    Le lait de ton reflet

    déborde sur ton teint

    L’œil à la coque coule 

      

     

    Lire Take Five I 

    à suivre

  • TAKE FIVE

    La conservation de l'élégie

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    Un acte vaut cinq dires.
    Henry IV

    En chaque sens sont les cinq autres.

    Juan Ramon Jimenez

     

     

    I

     

    Sur un de tes doigts de pied

    j’ai collé un riche sparadrap

    pour le reconnaître

    dans la foule des pieds de plage

    sains et pauvres

     

     

    II

     

    Depuis que mon père est mort

    il ne reconnaît plus les jambes des femmes

    Par contre il peut dire sans se tromper

    quelle racine de fleur ou d’herbe bonne

    lui fait du rentre-dedans

     

     

    III

     

    Inutile de se mirer

    dans le miroir

    si on n’a pas lavé sa face avant

    sept fois au moins avec l’eau

    de ses propres reflets

     

     

    IV

     

    Ce perroquet caca d’oie

    ne me dit rien qui vaille

    la peine d’être rapporté ici

    En revanche cet ara rouge et bleu

    parle d’or et de peinture

     

     

    V

     

    J’ai enfermé dans ma boîte à musique

    cinq notes violette 

    Puis je l’ai enterrée

    au cimetière des automates

    sur une chanson lente

     

     

    VI

     

    J’ai dit tout ce que je savais

    sur le théorème d’incomplétude de Gödel

    mais c’était sans compter

    sur le chat de Schrödinger dans sa boîte

    qui me regardait d’un œil morne

     

     

     

    VII

     

    Dans la soute du Navire night

    il y a mon étoile

    celle que j’ai décrochée

    lors de mon voyage en apesanteur

    dans la profondeur de tes rêves

     

     

    VIII


    J’ai moins que tout autre

    le droit de posséder mon corps

    d’user de lui en félon en locataire

    même si j’ai besoin parfois de réchauffer ma vie

    à sa flamme vive

     

     

    IX

     

    J’ai bu le café fort de tes joies

    avec le thé un peu amer de tes jambes.

    Je peux maintenant goûter

    toute la chaleur de la tasse

    qui tient entre tes hanches

     

     

    X


    La poésie vient à celui

    qui en éprouve le goût et l’envie

    Ne dites pas que vous l’aimez

    quand vous pensez seulement

    à vous vautrer dans ses vers !

     

     

    à suivre